Un pacte avec le Diable


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Introduction :

Cette histoire a été originellement écrite en anglais sur la base du défi AuGhost d'août 2025 sur Mastodon. AuGhost. C'est un défi de dessin, avec un mot pour chaque jour du mois. Avec la permission de l'organisateur, je l'ai relevé comme un défi d'écriture.

Vous trouverez ci-dessous la traduction des trente-et-un posts qui constituent l'histoire. Vous pouvez aussi trouver cette histoire en anglais sur mon compte Mastodon.

Vous pouvez devriez devez aller voir toutes les réponses au défi ; c'est facile en filtrant par l'étiquette AuGhost. N'hésitez pas à aimer (c'est comme ça que les auteurs savent qu'on les apprécie) et à mettre en favori (c'est comme ça que leurs œuvres peuvent atteindre de nouveaux publics) !

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Quand je sors de l’Ultra Son, je tombe sur Fred. Enfin, je lui marche presque dessus. Il est affalé sur le trottoir. Hagard.

Je m’accroupis devant lui et je claque des doigts devant ses yeux. Je dois le faire une demi-douzaine de fois avant qu’il réagisse. Il me regarde et murmure :

“Ils ont pris mon âme.”

Je passe mes doigts sur son cou, ses joues, ses tempes, pour la forme. Puis je scrute ses yeux.

Il a raison.

Son âme est partie.

Je dis au videur du Son d’appeler le cent douze. Il sort son téléphone.

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Trente minutes plus tard, les ambulanciers emportent Fred sur une civière. Ça ira. En gros. Disons qu’il ne mourra pas tout de suite.

Donc… quelqu’un a arraché l’âme de Fred de son corps, mais n’a pas pu la capturer. Du moins, c’est ce que j’espère fiévreusement, et qu’elle erre quelque part, pas très loin de là où c’est arrivé.

Mais Fred n’est pas exactement Monsieur Extraverti, alors sa petite âme timide va être difficile à localiser.

Un meilleur plan sera de trouver qui lui a fait ça et de remonter à partir de là.

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J’appelle tous les médiums de la ville, puis ceux que moi seule connais, mais ça ne donne rien. Pas plus de nouvelles âmes libres que d’habitude à cette saison, et pas davantage d’âmes libres disparues non plus.

Des nouveaux arrivants en ville, peut-être, du genre à pratiquer l’occulte ?

Il y a des millions d’habitants ici, alors j’aurai besoin d’un coup de main pour repérer les nouveaux venus.

Je connais quelqu’un qui pourrait m’aider, mais il va m’obliger à quelques contorsions.

Je n’aime pas ça, mais c’est ma seule piste.

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Premières contorsions passées. J’avais oublié à quel point ça pouvait être douloureux.

Assis sur un trône monumental en onyx, du haut de ses trois mètres, rougeâtre et nu, le salopard me sourit, entouré d’ondulations d’air surchauffé.

“Mon emprise est sur les âmes des corps morts, pas des vivants.”

“Et sur celles qui finiront par arriver ici. J’ai besoin de noms.”

“Comment comptes-tu me payer ?”

Il ne perd pas le nord. Je soupire.

“Dis-moi ton prix.”

Il le dit. Je grimace.

L’âme de Fred est en jeu.

J’accepte.

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Aussitôt revenue d’En Bas, je vais à la boutique de Nettie. Il est cinq heures du matin passées, et elle a déjà ouvert pour la journée. Il y a d’autres endroits où je pourrais déjeuner à cette heure-ci, mais Netty ne pose aucune question quand je débarque en ayant l’air d’avoir… fait beaucoup d’exercice. Je me hisse sur un tabouret au comptoir.

“Tu as de la glace ?”

“Quel parfum ?”

“Une de chaque.”

“Ça fait neuf en tout.”

“Faudra que ça suffise.”

“C’est parti ! Avec du café ?”

“Ouais.”

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En attendant, je pioche le parchemin dans ma poche arrière. Au final, il ne porte pas juste un nom. C’est tout le pacte. Une copie, bien sûr.

Voyons voir ce que le type a demandé.

“Le succès sera assuré dans toute affaire que le mortel sous-signé entreprendra, sauf à empêcher la saisie de l’âme à lui attachée.”

Le “mortel sous-signé” se pense sans doute très malin d’avoir obtenu un souhait en blanc. À mon avis, il va se faire enfler comme tous les autres.

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Et ça ne peut être que lui, parce que personne d’autre n’a conclu de pacte dans la dernière décennie. Il n’y a pas beaucoup de gens qui font dans l’occulte ces jours-ci.

Et ceux qui ont conclu des pactes étaient partis sur des souhaits plus terre à terre. Dégueu, pour certains, mais rien du genre “je veux être capable d’arracher les âmes des corps des autres”.

A ce propos… J’appelle l’hôpital. Rien à signaler concernant la santé physique de Fred, mais sa santé mentale… Si seulement ils avaient une idée de ce qu’il a.

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Remarquez, moi non plus je ne connais pas les détails. Ce que je sais, c’est que les âmes des morts qui restent ici-bas, les fantômes, perdent progressivement la boule. Ça peut prendre entre huit jours et onze siècles.

Mais ce que je ne sais pas non plus, c’est pourquoi un apprenti sorcier voudrait l’âme d’un vivant. La faire passer pour la sienne à l’échéance ? Les démons peuvent être bouchés à l’occasion, mais il n’y en a aucun d’assez stupide pour se laisser piéger comme ça.

Donc il essaie quelque chose d’autre. Quoi ?

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Peut-être qu’il tente une nouvelle approche de la nécromancie ? Ranimer un mort frais, c’est faisable, mais comme une âme sans corps, un corps sans âme ne va pas durer longtemps. Il manque de volonté, c’est ce qui en fait une main d’œuvre si docile.

Mais alors c’était plus facile d’envoûter Fred en lui laissant son âme. D’accord, ç’aurait été un cauchemar pour lui parce qu’il aurait encore son âme, mais c’était quand même plus simple que de retransformer un cadavre en corps.

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Enfin, je dois quand même vérifier si ce trafic d’âmes est lié d’une manière ou d’une autre à un certain Anthony Thorne qui réussit tout ce qu’il entreprend.

Et je ne peux pas passer quelques mois à l’espionner pour me faire une idée de ce qu’il va faire. Je n’ai pas assez de temps pour ça. Plus exactement, Fred n’a pas assez de temps.

Anthony Thorne, vous ne le savez pas encore, mais vous et moi avons un rendez-vous ce matin. Dans à peu près quarante minutes, si je réussis à attraper le prochain bus.

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Je passe par chez moi pour prendre mon sac. Je sais que je ne suis pas du genre à porter un sac, donc ça va me valoir des regards suspicieux. Mais bon, ce n’est pas comme si je me souciais beaucoup de qui me regarde ou comment.

J’attrape le bus (et j’ai droit à quelques regards en effet, principalement suspicieux), et une demi-heure plus tard, je m’avance vers un bâtiment qui est probablement à l’origine de l’invention du mot “manoir”.

Je sonne.

Un majordome ouvre la porte. En tenue.

Si, si, sérieusement.

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Je souris, pioche une carte de visite de mon sac, et la lui tends.

“Bonjour! Je viens voir Anthony Thorne.”

Le majordome prend la carte avec tout le dédain que les circonstances lui autorisent.

“Veuillez attendre. Je vais voir si monsieur Thorne est disponible.”

J’examine le hall d’entrée. Décoré avec goût. Thorne ne fait pas dans l’extravagance. Et s’il y a du soufre dans le coin, je n’en sens rien.

Le majordome revient.

“Monsieur Thorne va vous recevoir.”

La carte a fonctionné. C’est le cas, en général.

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Le majordome me guide à l’étage, le long d’un couloir, puis dans ce qui était clairement une bibliothèque mais a été reconverti en étude, énorme bureau inclus. Il m’invite à entrer puis sort en refermant derrière lui.

Anthony Thorne, enfin je le suppose, est assis au bureau, en train d’écrire. La cinquantaine, cheveux noirs et courts, bien habillé.

“Je vous en prie, asseyez-vous.”

Je m’installe sur le fauteuil en face du bureau. Et là me vient la première alarme : quand j’essaie de me repositionner… Je ne peux pas.

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Me voilà posée sur le bord du fauteuil, les mains sur les accoudoirs, légèrement penchées en avant, et je sens que mon corps ne se reculera pas contre le dossier.

Thorne me regarde comme si j’étais un rongeur qu’il venait d’apercevoir en train de renifler les livres dans les étagères en acajou qui nous entourent. Le succès dans tout ce qu’on entreprend, hein ?

Je dissimule mon geste initial du mieux que je peux, sors le pacte de ma poche arrière, le pose sur la table, et me tiens droite, les mains sur les genoux.

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Il observe le parchemin. Ça me donne quelques précieuses secondes pour une analyse frénétique mais discrète des environs. L’âme de Fred doit être quelque part ici.

Trouvée !

Il y a un pot en cuivre richement décoré sur le bureau, dans lequel danse une faible lueur bleutée. Je me lèverais bien pour en repousser le couvercle, mais je suis clouée à cette chaise…

Thorne soupire.

“J’attendais cette visite. Après tout, les dix ans du pacte vont expirer à tout moment maintenant.”

Son âme est échue maintenant ? Oh, Paradis.

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Je dois réfléchir vite. Thorn garde l’âme de Fred près de lui alors que sa propre âme va être arrachée de son corps. Est-ce qu’il compte interposer l’âme de Fred au moment où le démon viendra prendre la sienne, dans l’espoir qu’il se trompe et emporte la mauvaise ?

Quoi qu’il en soit, il y a une chose que je peux faire. J’attrape mon poudrier dans mon sac et je le lance. A moins d’un mètre vingt, j’aurai du mal à rater ma cible. Dans un nuage de poudre de riz, il se disloque contre le pot… et fait sauter le couvercle.

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L’âme d’un cadavre reste habituellement près de celui-ci, ou de ce qui en reste ; si on a visité une catacombe, on le sait.

Quant à l’âme d’un corps vivant… je me serais attendue à ce qu’elle dérive lentement vers son hôte.

Mais l’âme qui sort du pot ne fait clairement pas dans le lent.

Elle part comme une flèche droit vers Thorne.

Soit Fred est récemment devenu du genre qui a un besoin urgent de conseil en gestion de l’agressivité, soit son âme essaie de me dire quelque chose que je ne sais pas.

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La main de Thorne se tend vers le pot, puis s’affaisse, puis il se met à gesticuler follement.

“Non ! Pas maintenant ! C’est trop tôt ! Il faut attendre !”

Il parle à l’âme, mais il fixe un point au-delà d’elle. Je suis son regard terrifié et je vois un tourbillon jaunâtre qui se forme à côté du bureau. A tout moment, en effet. Je peux presque deviner la forme du démon en train de se matérialiser.

Trop tôt ? Attendre ?

Je scrute les yeux exorbités de Thorne.

Il y a une âme en lui.

Mais pas la sienne.

Celle de Fred.

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Thorn a entrepris, et avec l’aide du pacte, trouvé le moyen, de chasser sa propre âme de son corps et la remplacer par celle de Fred.

Maintenant je comprends. Pour un démon de pacte, une âme en liberté serait suspecte, mais une âme attachée à un corps ne le serait pas.

Il va arracher l’âme de Fred, et si celle de Thorn réintègre son corps aussitôt, il pourrait en sortir relativement sain et sauf, même si les paris seraient ouverts quant au devenir de son âme lorsqu’il mourrait enfin.

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Thorne a beau agiter les mains frénétiquement, son âme a bien saisi la partie du plan qui consiste à se précipiter, même si pas au bon moment grâce à moi.

Il ne me reste plus qu’à évacuer l’âme de Fred et maintenant. Allez, réfléchis. Tu dois pouvoir faire quelque chose !

Je peux, bien sûr. Il n’y a pas que les démons de pacte qui peuvent emporter des âmes. Moi aussi, je le peux. Ça devrait marcher sur Fred. Si c’est le cas, Mère en sera détestablement radieuse.

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Mais bon, il y a quelques obstacles à mon plan.

D’abord, l’âme de Thorne. Je dois éviter de la toucher à tout prix, parce que ce n’est pas elle que je vise, c’est celle de Fred.

Ensuite, il y a l’aura du corps de Thorn. Je peux m’attendre à ce qu’elle me repousse aussi fort qu’elle le pourra.

Enfin, il me faudra le consentement de l’âme de Fred. Ça va être plus compliqué qu’il n’y paraît, parce que Fred est introverti et un ami. mon moi profond va lui faire un choc.

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Je soupçonne que l’âme de Thorn ne va pas vraiment me poser de problème.

Elle tournera toujours autour de lui, mais à mesure que le démon se matérialisera, elle fera ce qu’une âme prise dans un corps ne peut pas faire, c’est-à-dire fuir par instinct de survie.

Du moins, elle va vouloir échapper au démon, ce qui va découvrir de larges portions de l’aura de Thorne ; mais elle restera proche du corps.

J’espère qu’elle le fera. J’ai besoin qu’elle le fasse pour que mon plan fonctionne.

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Et en effet, les zigzags erratiques de l’âme de Thorne s’éloignent bel et bien, laissant des pans entiers de son aura à ma portée. Bon, où dois-je frapper ?

J’invoque mes souvenirs pour visualiser le point où l’âme aurait touché Thorne s’il n’avait pas sursauté, et quel était le foyer de ses tournoiements.

Je pense que j’ai trouvé. À hauteur du sternum, légèrement sur la gauche. C’est probablement le point par lequel son âme a été extraite et celle de Fred injectée.

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Peu importe comment le fauteuil retient mon corps, il ne retient pas ma forme éthérée. Je m’élève et me précipite de toutes mes forces vers l’aura de Thorne.

Bien sûr, le monde éthéré n’est pas le monde sensible, mais quand même : l’aura de Thorne me fait l’effet d’un lac gélatineux, plus collant à mesure que je m’enfonce plus profondément. Et la, c’est sans doute le chemin de moindre résistance. ça aurait pu être bien plus difficile.

Le démon du pacte est tout proche. J’y mets toute mon énergie et j’arrive enfin à traverser.

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Je n’avais jamais lu l’âme de Fred jusqu’alors. Je n’avais jamais voulu le faire. Maintenant j’y suis forcée, de la première à la dernière page de sa vie. Y compris l’actuelle où ma forme le terrifie.

“Fred ! C’est moi !”

Lisa ?”

Il est pétrifié. Il m’a déjà vue dans toutes sortes de tenues, et parfois même sans rien, mais jamais en mode Succube intégrale.

“Tu es–”

“Oui, Je suis ! Maintenant laisse-moi te faire succomber.”

“Quoi ?”

“Ne discute pas ! Fais-moi confiance et dis-moi que tu acceptes !”

“Mais je ne peux pas–”

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Je vais devoir pousser plus loin pour percer ses défense. Tant pis. On gérera ça plus tard, lui et moi. C’est l’heure du Spectacle.

Je commence à prendre successivement la forme de chaque sujet des fantasme de Fred, les plus horribles en premier pour m’en débarrasser au plus vite.

“La mauvaise nouvelle, Fred, c’est que tu es déjà un cas douteux. La pire nouvelle, c’est que tu vas aller en Enfer maintenant si tu ne me suis pas !”

Je termine le Spectacle sous ma propre forme corporelle en criant.

“S’IL TE PLAIT !”

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“Mais je vais être damné !”

“Seulement si tu succombes vraiment ! Sinon, tu seras juste marqué, et tu auras toute une vie pour t’en mortifier, te flageller avec des orties si c’est ton truc, et tenter de te racheter !”

Il hésite.

“Mais c’est toi–”

“On n’est pas obligés d’aller au bout ! Pas si moi je ne veux pas ! Je te demande seulement d’accepter de succomber ! MAINTENANT !”

“Euh – oui ?”

Waouh. Apparemment ma figure furieuse marche mieux que ma figure suppliante.

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C’était tout ce qu’il me fallait. J’attrape l’âme de Fred par ses côtés les plus sombres, l’entraîne avec moi vers mon corps physique, et la fourre dans mon sac ouvert en grand – tandis que celle de Thorne se rue dans son corps via l’ouverture que j’ai percée dans son aura.

Je regarde alors le démon à côté du bureau. L’agitation l’a décontenancé. Il me regarde, salue poliment, enfonce sa main griffue dans la poitrine de Thorne, arrache l’âme encore agitée et disparaît dans un éclair et une bouffée de fumée âcre.

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J’attends que le nuage de soufre se dissipe. Thorne s’est rassis, incrédule. Le pacte est échu, et le sort du fauteuil est rompu. Je me lève et je m’offre un sourire.

“Félicitations. Votre entreprise en vue de survivre à votre pacte avec le diable est un succès. Vous allez maintenant découvrir ce qui arrive, non pas à une âme qui quitte son corps tardivement, mais à un corps dont l’âme a été envoyée en enfer. Bon voyage.”

J’épaule mon sac et me dirige vers la sortie. Le majordome n’essaiera pas de m’arrêter.

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Je me précipite à l’hôpital, enfin, au bus qui finira par m’y amener.

Au mépris des affiches concernant les heures de visite, je vais droit à la chambre de Fred, je contourne l’infirmier à son chevet, j’attrape son âme dans mon sac et la lui jette sans cérémonie.

Il y a un faible éclair. Il me regarde, rougit abondamment, puis m’adresse un sourire triste.

“Désolé. J’ai été pris–”

“On en parlera plus tard. Pour l’instant – guéris.”

Je fais un signe de tête à l’infirmier décontenancé, puis je sors. J’ai une dette à payer.

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Je suis En Bas – enfin, Ici Bas, maintenant – à nouveau.

“Heureux de voir que tu es revenue honorer ta dette”, me dit Lucifer avec un sourire. “Mais bien sûr, je n’en attendais pas moins de ma fille.”

Je ne réponds pas. Il ouvre les portes de la salle à manger. Mère – enfin, Lilith – est déjà là, dans toute sa splendeur triomphante et son royal dédain.

Ici Bas, les repas de famille durent des éons. Je n’en reviens pas qu’il m’en ait seulement réclamé un.

Mais Fred : tu me revaudras ça.

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