Madame, en 2010 je vous avais écrit, certes sans trop prendre la peine d’essayer de vous faire parvenir ma lettre.
C’est, Madame, que je n’avais pas votre adresse.
Je n’étais pas cependant le premier dans ce genre de situation. Robert Escarpit, en son temps, et pour des propos adressés à Dieu puis au Diable, s’était figuré que d’une façon ou d’une autre, ses destinataires finiraient par en prendre connaissance, et qu’il n’avait, pour leur faciliter la chose, qu’à les publier sous forme de lettre ouverte.
J’avais donc suivi son exemple, en l’adaptant juste aux moyens d’alors, et publié en ligne une lettre à vous adressée, où je vous remerciais de cadeaux que vous m’aviez alors faits.
Imprudemment, j’avais alors conclu ainsi ma lettre :
Simplement, si vos affaires vous mènent un jour à croiser de nouveau mon chemin, n’hésitez surtout pas à le bousculer un peu : je vous promets, Madame, de toujours le prendre, sinon avec le sourire, au moins de bon c(h)oeur.
Madame, j’ai bien reçu votre réponse au début de ce mois de mai 2026, quasi seize ans exactement après que je vous ai écrit.
Peut-être avez-vous, comme moi, un sens de l’humour particulier, et cet érysipèle dont vous m’avez gratifié était-il une façon pour vous de pull my leg plus littéralement que l’expression ne le demande.
Quoi qu’il en soit, un érysipèle, on en guérit, et je ne paie pas bien cher cette petite farce que vous m’avez faite.
D’autant plus qu’à cette occasion, on m’a découvert, sans aucun signe avant-coureur ni chronique ni aigu, une artère coronaire douteuse, et dont une “simple” angioplastie et deux stents “banals” ont permis d’éviter qu’elle ne me joue un mauvais tour par surprise.
Je reconnais bien là votre humour, Madame : vous avez accepté mon invitation, et m’avez laissé, littéralement, avec un cœur meilleur qu’avant votre visite.
Je ne vous ai pas reconnue cette fois ; et c’est donc rétrospectivement et sans succès que je tenterais de deviner derrière qui vous vous étiez dissimulée ces quelques jours – aussi ne m’y essaierai-je pas.
Madame, j’ai compris votre leçon. Je vous remercie du fond du… cœur… pour ce nouveau présent que vous m’avez fait, mais vous comprendrez, je l’espère, que je ne vous fasse pas de nouvelle invitation, et que ce soit avec la plus grande prudence que je vous dis juste :
À vous revoir.
Toujours aussi respectueusement,
Albert.