Ave Fortuna

(originellement écrit et publié le 30 mai 2010 ; reproduit en remplaçant un lien mort depuis.)

Hier 29 mai 2010 j’étais au Zénith de Toulouse.

Pas comme spectateur cette fois, mais comme choriste et figurant dans le Carmina Burana Domus Derelictae mis en scène par Gilles Ramade et dirigé par Claude Puysségur, déjà donné deux fois au Théâtre Musical de Pibrac les 1er et 2 mai, une fois au Scénith d’Albi le 9 mai et une fois au Stadium d’Agen le 15 mai.

C’était un événement spécial à plus d’un titre.

C’était la dernière représentation. Il y a un sentiment particulier à se préparer à jouer une dernière ; on réalise au long du filage qu’on est en train d’effectuer le dernier échauffement vocal, les derniers repérages de passages dans les coulisses, le dernier choix des emplacements pour les costumes et les accessoires stratégiques.

C’était au Zénith de Toulouse. Entrer, par les coulisses, à l’arrière de la scène, et découvrir ce qui est tout bonnement la deuxième plus grande salle de spectacle de France (et la première de 1999 à 2008) ne peut pas laisser indifférent.

C’était complet. Depuis des semaines. Des mois, même. Plus de six mille spectateurs allaient s’installer dans les gradins et la fosse comme je l’ai fait moi-même quelquefois, pour nous regarder jouer. Six… mille… Argh.

C’était une surprise pour certaine que je connais et à laquelle je renouvelle toutes mes protestations d’innocence.

C’était un aboutissement. Huit mois durant, six cent chanteurs, musiciens, choristes, acteurs, figurant et techniciens ont travaillé ; adultes et enfants, professionnels et amateurs, tous lancés dans cette énorme aventure comme on s’embarque pour une destination inconnue et lointaine, que nous allions enfin atteindre.

Je suis en train de boire un café d’après-Carmina. Il est subtilement différent ; ni plus amer ni plus doux, mais je le déguste en sachant que quelque chose d’unique s’est produit, un événement auquel j’ai eu plaisir à prendre part et en même temps que je laisse derrière moi, et qui me laisse derrière lui.

En observant cette aventure depuis sa fin, il me vient le besoin de lancer un petit message personnel.

Madame, occupé que j’étais à jouer de mon mieux sur la scène, je vous y ai parfois entr’aperçue ; il est arrivé qu’en coulisses vous passiez près de moi ; nous avons même échangé quelques mots.

Fidèle à vous-même — mais à qui d’autre pourriez-vous l’être ? — vous vous étiez cachée là où on n’irait pas vous chercher, Madame : sous votre propre image. Mais je ne m’y trompe pas, c’était bien vous.

On vous dit généreuse en promesses vaines ; mais à moi, vous n’en aviez faite aucune, et je n’ai donc eu de vous que des cadeaux inattendus. On ne choisit pas les présents qu’on reçoit ; pour chacun des vôtres, Madame, je vous remercie.

Puisque vous semblez décidée à vous éloigner, Madame, je ne vous souhaite pas bon vent : vous n’en avez nul besoin, c’est vous qui lui commandez. Je ne vous demande pas non plus une ultime faveur : je l’ai bien vu, vous n’exaucez nos souhaits que pour nous en montrer la vanité.

Simplement, si vos affaires vous mènent un jour à croiser de nouveau mon chemin,  n’hésitez surtout pas à le bousculer un peu : je vous promets, Madame, de toujours le prendre, sinon avec le sourire, au moins de bon c(h)oeur.

Respectueusement,

Albert.

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